L'Argentine possède un patrimoine de traditions particulièrement contrasté, à l'image de l'immensité et de la diversité de son territoire. Dans les plaines de la Pampa, la figure du gaucho continue d'irriguer les fêtes rurales et les usages sociaux, tandis que le Nord-Ouest andin conserve des rites hérités des peuples préhispaniques, encore vivants dans les vallées de Jujuy et de Salta. À Buenos Aires, ce sont les vagues d'immigration européenne du tournant du XXe siècle qui ont façonné des expressions devenues emblématiques du pays tout entier. Pour mieux situer ces influences dans l'espace, le guide de voyage de l'Argentine présente l'ensemble du pays et de ses régions.
Ce patrimoine se manifeste sous des formes très variées : grandes fêtes populaires rythmant le calendrier agricole ou religieux, rites de passage transmis en famille, savoir-faire artisanaux inscrits au patrimoine mondial, croyances populaires toujours pratiquées dans certaines régions. Loin d'un folklore figé, ces traditions évoluent, se transforment au contact de la vie urbaine contemporaine et cohabitent parfois avec des pratiques plus récentes, sans que les unes n'effacent les autres.
Les sections suivantes détaillent les fêtes les plus emblématiques du pays, leur origine et leur déroulé, avant d'aborder les rites de passage, les croyances populaires et les savoir-faire transmis de génération en génération.
⚡ Comprendre les traditions en Argentine en 30 secondes
- Patrimoine mixte : héritage gauchesco des plaines, rites andins préhispaniques dans le Nord-Ouest, apports de l'immigration européenne à Buenos Aires.
- Fêtes emblématiques : Día de la Tradición, Fiesta Nacional de la Vendimia, fête de la Pachamama, carnavals régionaux.
- Quatre éléments inscrits au patrimoine immatériel de l'UNESCO : le tango, le filete porteño, le chamamé et le cuarteto.
- Le pèlerinage à la basilique Notre-Dame de Luján rassemble chaque année plusieurs centaines de milliers de fidèles.
- Diversité régionale marquée : les traditions andines du Nord-Ouest contrastent fortement avec celles de la Pampa ou de la Patagonie.
Sommaire
Quelles sont les traditions en Argentine ?
Les traditions argentines se répartissent en plusieurs grandes familles, chacune ancrée dans une région ou une histoire particulière. Loin d'un socle unique, elles reflètent les héritages superposés de la Pampa gauchesca, du monde andin et de l'immigration européenne.
Les fêtes gauchesques
Dans la Pampa et la province de Buenos Aires, les fêtes gauchesques célèbrent la figure du gaucho, cavalier et travailleur rural devenu symbole national dès la fin du XIXe siècle. Le rassemblement le plus emblématique est le Día de la Tradición, célébré chaque 10 novembre à San Antonio de Areco, mais des fiestas criollas plus modestes se tiennent également dans de nombreuses localités rurales, autour de démonstrations équestres et de concours de dressage.
Les fêtes agricoles
Plusieurs régions productrices rythment leur calendrier autour de la récolte. La plus connue est la Fiesta Nacional de la Vendimia, qui célèbre chaque année les vendanges à Mendoza, principale région viticole du pays, mais des célébrations comparables existent aussi pour d'autres productions régionales, comme les fêtes du blé ou de l'agrumiculture dans certaines provinces du littoral.
Les rites andins préhispaniques
Dans le Nord-Ouest, à Jujuy et à Salta, des rites d'origine préhispanique restent vivants, en particulier la fête de la Pachamama, dédiée à la Terre-Mère, souvent superposée aux célébrations catholiques dans un syncrétisme assumé par les communautés locales. Ces pratiques se rattachent à l'aire culturelle andine, qui s'étend au-delà des frontières argentines vers la Bolivie et le Pérou.
Les fêtes et pèlerinages religieux
Héritées de la colonisation espagnole, les fêtes catholiques restent très suivies dans tout le pays, à l'image du pèlerinage à la basilique Notre-Dame de Luján, qui rassemble chaque année plusieurs centaines de milliers de fidèles. La Semaine sainte donne également lieu à des processions dans plusieurs provinces, avec des formes parfois marquées par les traditions locales, notamment dans le Nord-Ouest andin.
Les savoir-faire et expressions artistiques transmis
Le tango, le filete porteño ou le chamamé, aujourd'hui reconnus par l'UNESCO, sont nés dans des milieux populaires avant de devenir des symboles identitaires nationaux. Ces expressions s'inscrivent dans une histoire sociale plus large, développée sur la page consacrée à la culture de l'Argentine.
Les croyances et dévotions populaires
Enfin, l'Argentine conserve un ensemble de croyances populaires transmises en dehors du culte catholique officiel, comme la dévotion au Gauchito Gil ou à d'autres saints non reconnus par l'Église, particulièrement présentes dans les provinces du littoral et du centre du pays.
📅 Le calendrier des traditions de l'Argentine en un coup d'œil
| Période | Fêtes ou traditions dominantes | Signification de la période |
|---|---|---|
| Février | Carnavals régionaux (Humahuaca, Gualeguaychú) | Précède le Carême, syncrétisme andin et populaire selon les régions |
| Mars | Fiesta Nacional de la Vendimia (Mendoza) | Fin des vendanges et remerciement pour la récolte |
| Avril | Semana Santa (semaine sainte) | Fêtes religieuses catholiques |
| Août | Fête de la Pachamama (Nord-Ouest) | Remerciement à la Terre-Mère et invocation pour la nouvelle saison |
| Octobre | Pèlerinage à Notre-Dame de Luján | Culte marial, patronne du pays |
| Novembre | Día de la Tradición (San Antonio de Areco) | Hommage à la culture gauchesque et à José Hernández |
| Décembre | Pèlerinage du 8 décembre à Luján, fêtes de fin d'année | Fête de l'Immaculée Conception et clôture du calendrier festif |
Le calendrier argentin alterne ainsi des temps forts très localisés, comme la Pachamama dans le Nord-Ouest andin, et des rendez-vous suivis dans tout le pays, comme le Día de la Tradición. Les mois de mars et de novembre concentrent les deux fêtes les plus emblématiques du pays, tandis que l'été austral (décembre à février) reste davantage associé aux vacances qu'aux grandes célébrations traditionnelles. La saisonnalité climatique de ces périodes est détaillée sur la page consacrée au climat de l'Argentine.
📍 Les traditions de l'Argentine en un coup d'œil
| Information | Valeur |
|---|---|
| Type de patrimoine dominant | Mixte : gauchesco, andin préhispanique, religieux catholique et populaire urbain |
| Fêtes emblématiques | Día de la Tradición, Fiesta Nacional de la Vendimia, fête de la Pachamama |
| Patrimoine immatériel UNESCO | Oui, 4 éléments (2025) |
| Période la plus festive | Mars (vendanges) et novembre (tradition gauchesque) |
| Influence religieuse dominante | Catholicisme, avec syncrétisme andin dans le Nord-Ouest (source : Conférence épiscopale argentine) |
| Transmission | Familiale et communautaire, renforcée par des institutions locales (municipalités, associations gauchesques) |
| Diversité régionale | Forte |
Cette diversité régionale forte s'explique par la taille du pays et par la coexistence de plusieurs héritages qui ne se sont pas uniformisés : les traditions andines du Nord-Ouest n'ont que peu de points communs avec celles de la Pampa ou de Buenos Aires, chacune ayant conservé sa propre logique festive et rituelle.
Les fêtes et traditions incontournables en Argentine
Le Día de la Tradición
Le Día de la Tradición est la fête nationale consacrée à la culture gauchesque. Elle a lieu chaque année le 10 novembre, jour anniversaire de la naissance de l'écrivain José Hernández, auteur du poème épique Martín Fierro, qui a immortalisé la figure du gaucho dans la littérature argentine.
La date a été instituée en 1939 par une loi provinciale, à l'initiative de l'association Agrupación Bases, avant d'être étendue à l'ensemble du pays en 1975. La ville de San Antonio de Areco, dans la province de Buenos Aires, en est devenue le siège permanent en 1984, puis a été déclarée « Capitale nationale de la Tradition » en 2015.
Aujourd'hui, la fête rassemble pendant plusieurs jours des cavaliers en habits traditionnels, des démonstrations d'équitation criolla, de la musique et de la danse folkloriques, ainsi qu'un grand feu de camp collectif appelé fogón. Ce qui distingue le Día de la Tradición des autres fêtes populaires du pays, c'est son ancrage direct dans une œuvre littéraire fondatrice de l'identité nationale, plutôt que dans un cycle agricole ou religieux.
La Fiesta Nacional de la Vendimia
Célébrée chaque année en mars à Mendoza, la Fiesta Nacional de la Vendimia marque la fin des vendanges dans l'une des principales régions viticoles du pays. Ses origines remontent aux célébrations organisées par les communautés d'immigrants européens à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, qui fêtaient la récolte par des danses, des chants et l'élection d'une reine couronnée de grappes de raisin selon la tradition méditerranéenne.
La fête est officiellement institutionnalisée en 1936 sous l'impulsion du gouverneur Guillermo Cano, dans le but de célébrer le travail viticole et la richesse collective de la province. Elle se déroule aujourd'hui autour d'un défilé de chars allégoriques, le Carrusel, suivi d'un grand spectacle en plein air où est couronnée la reine nationale de la Vendimia, ambassadrice du vin mendocin.
La fête de la Pachamama
Dans les provinces andines du Nord-Ouest, notamment à Jujuy et à Salta, la fête de la Pachamama rend hommage à la Terre-Mère selon un rite d'origine préhispanique toujours vivant. Elle se concentre principalement autour du 1er août, mais se prolonge tout au long du mois selon les communautés.
Le rituel, appelé challa ou pago, consiste à creuser un trou dans la terre pour y déposer des offrandes de nourriture, de boissons et de feuilles de coca, en remerciement des récoltes passées et pour invoquer la fertilité de l'année à venir. Selon la croyance andine, la Pachamama se réveille affamée en août après plusieurs mois de repos ; l'offrande vise à la satisfaire avant les semailles. Depuis la colonisation espagnole, ce rite préhispanique cohabite avec des messes catholiques, un syncrétisme fréquent dans les provinces andines d'Amérique du Sud. La localité de San Antonio de los Cobres, dans la province de Salta, organise depuis 1995 l'une des célébrations les plus importantes du pays.
Le pèlerinage à Notre-Dame de Luján
La basilique Notre-Dame de Luján, dans la province de Buenos Aires, abrite l'image de la Vierge Marie déclarée sainte patronne de l'Argentine en 1930. Chaque année début octobre, plusieurs centaines de milliers de pèlerins, majoritairement des jeunes, parcourent à pied les dizaines de kilomètres séparant Buenos Aires de Luján, une marche de plusieurs heures organisée depuis 1975.
Un second temps fort a lieu le 8 décembre, jour de la fête de l'Immaculée Conception. Ce pèlerinage, comparable par son ampleur à d'autres grands rassemblements marials du monde catholique, reste l'une des manifestations religieuses les plus suivies du pays et un marqueur fort de l'identité catholique argentine, bien au-delà de sa seule dimension confessionnelle.
Les carnavals régionaux
L'Argentine connaît plusieurs traditions de carnaval très différentes selon les régions. Dans le Nord-Ouest, à Humahuaca et dans la Quebrada de Humahuaca, le carnaval de février mêle processions, bals costumés et groupes de musique folklorique, dans une atmosphère fortement marquée par l'héritage andin. À l'inverse, à Gualeguaychú, dans la province d'Entre Ríos, le carnaval prend la forme de défilés de comparsas inspirés du modèle brésilien, avec chars costumés et percussions.
Cette diversité illustre bien l'absence d'un modèle unique de carnaval en Argentine : chaque région a développé sa propre version de la fête, sans qu'aucune ne prédomine nationalement.
Le Festival National de Folklore de Cosquín
Chaque année, la dernière semaine de janvier, la ville de Cosquín, dans la province de Córdoba, accueille le plus important festival de musique folklorique du pays. Sa création en 1961 trouve son origine dans une neuvaine en l'honneur de la Vierge du Rosaire, patronne de la ville, ce qui explique que le festival se déroule traditionnellement sur neuf nuits, appelées les Nueve Lunas de Cosquín.
Né d'une initiative locale destinée à promouvoir le tourisme, l'événement est devenu en 1963 la Semaine nationale du Folklore par décret gouvernemental, avec Cosquín pour siège permanent. Le festival a révélé ou consacré certains des plus grands noms de la musique folklorique argentine, parmi lesquels Mercedes Sosa et Atahualpa Yupanqui, dont le nom a été donné à la scène principale en 1972. Ce qui distingue Cosquín des autres fêtes du calendrier, c'est sa vocation avant tout musicale et scénique, plutôt que rituelle ou religieuse.
La Fiesta Nacional del Chamamé
Chaque année en janvier, la ville de Corrientes, dans le nord-est du pays, accueille pendant une dizaine de nuits la Fiesta Nacional del Chamamé, principal rendez-vous consacré à cette musique et à cette danse de couple typiques de la région littorale. L'événement, né dans les années 1980 à partir de rassemblements locaux plus modestes, s'est imposé comme le plus grand festival au monde consacré au genre.
Il se déroule principalement à l'amphithéâtre Cocomarola, du nom du musicien correntino considéré comme l'une des grandes figures du chamamé, et réunit des artistes venus de toute l'Argentine ainsi que des pays voisins où se pratique également ce genre musical, comme le Paraguay et le sud du Brésil. Au-delà de la musique, la fête met aussi en avant la gastronomie et l'artisanat de la province de Corrientes, dans un esprit proche de celui du Festival de Cosquín, mais ancré dans une identité régionale distincte.
La coutume des ñoquis du 29
Héritée de l'immigration italienne, une coutume populaire veut que les Argentins consomment des ñoquis (gnocchis) le 29 de chaque mois, traditionnellement associés à une période de fin de mois où les ressources se faisaient plus rares avant le versement du salaire. Certains ajoutent un billet sous l'assiette pour attirer la prospérité, un geste resté populaire malgré son origine incertaine. Cette habitude, bien que mineure comparée aux grandes fêtes du calendrier, illustre la manière dont les traditions d'origine européenne se sont ancrées dans la vie quotidienne argentine.
💡 Idée reçue sur les traditions argentines
Contrairement à une idée répandue, le tango n'est pas la tradition la plus pratiquée au quotidien par les Argentins : il reste surtout associé à Buenos Aires et à un cercle de passionnés des milongas, tandis que les fêtes gauchesques et régionales rassemblent une population bien plus large à travers le pays.
Rites, coutumes et transmission en Argentine
Le partage du maté
Le rituel du maté, infusion consommée dans une calebasse et une paille métallique appelée bombilla, marque l'un des usages sociaux les plus transmis en Argentine. La coutume veut que la calebasse circule de main en main dans un groupe, chacun la buvant avant de la rendre à celui qui la prépare (le cebador). Ce geste, appris dès l'enfance dans les familles, reste très largement pratiqué aujourd'hui, aussi bien dans les foyers que dans les espaces publics, et continue de se transmettre sans signe de déclin.
La jineteada
La jineteada est une discipline équestre traditionnelle consistant à monter des chevaux non domptés, pratiquée lors des grandes fêtes gauchesques comme le Día de la Tradición. Elle trouve son origine dans les travaux de dressage des estancias de la Pampa et reste aujourd'hui un marqueur fort de l'identité rurale, transmise au sein des familles de gauchos et des associations criollas qui organisent des concours dans plusieurs provinces.
La dévotion au Gauchito Gil
Dans plusieurs provinces, en particulier à Corrientes, la croyance populaire au Gauchito Gil, figure de justicier populaire du XIXe siècle exécuté puis vénéré comme un saint non reconnu par l'Église catholique, donne lieu à des autels de bord de route reconnaissables à leurs drapelets rouges. Les pèlerins y déposent des offrandes en remerciement de faveurs obtenues. Cette dévotion, largement répandue mais restée en dehors du culte officiel, illustre la coexistence en Argentine de croyances populaires et de religion institutionnelle.
La fiesta de quince años
Comme dans d'autres pays d'Amérique latine, les jeunes filles argentines célèbrent traditionnellement leurs quinze ans par une grande fête familiale, la fiesta de quince, marquant symboliquement le passage à l'âge adulte. La cérémonie comprend généralement une valse dansée avec le père ou un proche, suivie d'une réception réunissant famille et amis. Largement pratiquée dans tous les milieux sociaux, cette coutume reste aujourd'hui l'un des rites de passage les plus attendus par les familles argentines, même si son ampleur varie selon les moyens de chacun.
L'asado comme rituel social
Au-delà de sa dimension culinaire, développée sur la page gastronomie de l'Argentine, l'asado du dimanche constitue un rituel social transmis de génération en génération : la cuisson lente à la braise, souvent confiée à une personne désignée dans la famille, rassemble plusieurs générations autour d'un même moment convivial, largement pratiqué dans tout le pays quel que soit le milieu social.
⚖️ Comparer les traditions de l'Argentine et du Chili
Argentine et Chili partagent un héritage colonial espagnol commun et une figure rurale voisine, le huaso chilien faisant écho au gaucho argentin. Les deux pays célèbrent des fêtes patriotiques et rurales similaires dans leur esprit, comme le détaille la page consacrée aux traditions du Chili. La distinction tient surtout à l'ampleur de la tradition gauchesque en Argentine, portée par une littérature fondatrice comme Martín Fierro, et à la persistance plus marquée des rites andins préhispaniques dans le Nord-Ouest argentin, en lien direct avec la culture bolivienne voisine.
Artisanat et savoir-faire traditionnels
Le filete porteño
Le filete porteño est une technique picturale ornementale née à Buenos Aires au début du XXe siècle, caractérisée par des couleurs vives, des arabesques et des styles de lettrage spécifiques. Les motifs représentent souvent des figures religieuses, des personnalités populaires ou des dictons, intégrés dans une composition dense qui fonctionne comme une forme de mémoire collective. Utilisé à l'origine pour orner les charrettes puis les bus urbains lorsque les chevaux ont disparu des rues de la capitale, il décore aujourd'hui également les devantures de commerces et, de plus en plus, les intérieurs.
Cette technique a été inscrite en 2015 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, après une reconnaissance législative locale obtenue dès 2005. Les quartiers de San Telmo, La Boca, Barracas et Boedo restent parmi les lieux où cet art reste le plus visible, et un concours annuel permet aujourd'hui de distinguer les fileteadores qui perpétuent la technique.
Le tissage andin
Dans le Nord-Ouest, les communautés andines perpétuent un savoir-faire textile ancien, tissant laine de lama, d'alpaga ou de mouton selon des techniques et des motifs géométriques transmis au sein des familles depuis plusieurs générations. Chaque motif peut porter une signification liée à la communauté, au territoire ou à l'usage de la pièce tissée, qu'il s'agisse de ponchos, de couvertures ou de sacs traditionnels.
Ce tissage accompagne souvent les cérémonies collectives, dont les offrandes à la Pachamama, sans que sa pratique quotidienne se limite à ce seul contexte rituel : il reste un artisanat vivant, vendu sur les marchés locaux de provinces comme Jujuy et Catamarca, où il constitue une source de revenu pour de nombreuses familles rurales.
L'orfèvrerie et la sellerie criollas
Le travail du cuir et de l'argent, utilisé pour la confection de selles, d'éperons et de ceintures traditionnelles (rastras), constitue un artisanat directement lié à la culture gauchesque. Les rastras, larges ceintures ornées de pièces d'argent ciselé, sont portées lors des grandes fêtes rurales et se transmettent parfois comme des objets de famille.
Cet artisanat est transmis dans les ateliers de villes comme San Antonio de Areco, considérée comme l'un des centres historiques de la sellerie criolla, où plusieurs maisons continuent de former des artisans selon des techniques largement inchangées depuis le XIXe siècle. Il occupe une place centrale lors des grandes fêtes rurales, où ces pièces sont portées et exposées lors des défilés à cheval.
Musique et danses traditionnelles en Argentine
La chacarera
Originaire de la province de Santiago del Estero, dans le centre-nord du pays, la chacarera est une danse de couple rapide et rythmée, jouée à la guitare et au bombo legüero, le tambour traditionnel du folklore argentin. Les partenaires y exécutent des figures codifiées sans jamais se toucher, en frappant des mains et en claquant des doigts au rythme de la musique. Considérée comme un contrepoint rural aux rythmes urbains du tango, elle reste aujourd'hui omniprésente lors des fêtes familiales et des festivals folkloriques du Nord et du centre du pays.
La zamba
La zamba, danse emblématique de la province de Salta, se distingue par un tempo plus lent et une gestuelle empreinte de galanterie : les danseurs y agitent un foulard dans un jeu de séduction chorégraphié. Accompagnée elle aussi de la guitare et du bombo, elle compte plusieurs variantes régionales, la mélodie et le rythme pouvant différer sensiblement d'une province à l'autre.
Le malambo
Né dans la Pampa autour du XVIIe siècle, le malambo est une danse exclusivement masculine associée à la culture gauchesque, fondée sur des jeux de jambes rapides et des frappes de talons au sol, exécutées pieds nus ou en bottes selon les régions. Perçu comme une démonstration de force et d'agilité, il reste un élément central des concours et festivals folkloriques, où il perpétue directement la mémoire du monde gaucho.
🙏 Assister en visiteur respectueux
Lors d'une cérémonie de la Pachamama ou d'un rite religieux comme le pèlerinage de Luján, il convient d'observer avant de participer et de rester discret, notamment en s'abstenant de photographier sans en demander l'autorisation. Ce code de conduite repose sur le respect du sens rituel du moment pour ceux qui le vivent : ces pratiques ne sont pas des spectacles organisés pour les visiteurs, mais des gestes de foi et de transmission qui appartiennent d'abord aux communautés qui les perpétuent.
Questions fréquentes
- Quelle est la meilleure période pour observer les traditions argentines ?
Mars, pour la Fiesta Nacional de la Vendimia à Mendoza, et début novembre, pour le Día de la Tradición à San Antonio de Areco, comptent parmi les périodes les plus riches. Le mois d'août est également important pour observer les rites de la Pachamama dans le Nord-Ouest.
- Les fêtes traditionnelles argentines sont-elles accessibles aux familles avec enfants ?
Oui, la plupart des grandes fêtes populaires comme le Día de la Tradición ou la Vendimia sont conçues comme des événements familiaux, avec des défilés, de la musique et des animations ouvertes à tous les âges.
- Faut-il parler espagnol pour comprendre ces fêtes ?
La langue peut être une barrière pour saisir certains discours ou chants, mais la dimension visuelle des fêtes (costumes, défilés, danses) reste compréhensible sans maîtriser l'espagnol. Un accompagnement local facilite toutefois la compréhension des rituels plus codifiés, comme ceux de la Pachamama.
- Les traditions varient-elles beaucoup d'une région à l'autre ?
Oui, fortement. Les rites andins du Nord-Ouest, l'héritage gauchesco de la Pampa et les traditions urbaines de Buenos Aires relèvent de logiques culturelles très différentes, sans réel dénominateur commun autre que l'appartenance au même pays.
- Quelle est la dimension religieuse des traditions argentines ?
Le catholicisme structure une part importante du calendrier festif, notamment à travers le pèlerinage de Luján. Dans le Nord-Ouest, cette dimension religieuse se superpose à des rites préhispaniques comme la fête de la Pachamama, dans un syncrétisme assumé par les communautés locales.
- Certaines traditions argentines sont-elles reconnues internationalement ?
Oui, quatre expressions culturelles argentines figurent sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO : le tango (2009), le filete porteño (2015), le chamamé (2020) et le cuarteto de Córdoba (2025).
- Le tango est-il encore une tradition vivante ou surtout un spectacle pour touristes ?
Les deux coexistent. Si les spectacles de tango pour visiteurs sont nombreux à Buenos Aires, les milongas traditionnelles, où se retrouvent des danseurs de tous âges, restent des lieux de pratique authentique et de transmission intergénérationnelle.
À retenir
L'Argentine se caractérise par un patrimoine de traditions particulièrement contrasté, où cohabitent l'héritage gauchesco de la Pampa, les rites préhispaniques du Nord-Ouest andin et les expressions nées de l'immigration européenne à Buenos Aires. Cette diversité régionale forte, rare à cette échelle, se manifeste aussi bien dans les grandes fêtes collectives, comme le Día de la Tradición ou la Fiesta Nacional de la Vendimia, que dans des gestes du quotidien, comme le partage du maté, transmis sans interruption au fil des générations.
Sources, références et vérification éditoriale
- UNESCO, Secteur de la culture — Listes du patrimoine culturel immatériel, Argentine (tango 2009, filete porteño 2015, chamamé 2020, cuarteto 2025), consulté en août 2026.
- Gobierno de la Provincia de Buenos Aires / La Nación — Historique du Día de la Tradición et de José Hernández, consulté en août 2026.
- Gobierno de Mendoza — Breve historia de la Fiesta Nacional de la Vendimia, consulté en août 2026.
- Argentina.gob.ar — Ressources officielles sur les traditions gauchesques et le calendrier festif national, consulté en août 2026.
- Conférence épiscopale argentine — Informations sur le pèlerinage à Notre-Dame de Luján, consulté en août 2026.
- Ministerio de Cultura de la Nación Argentina — Historique du Festival Nacional de Folklore de Cosquín et de la Fiesta Nacional del Chamamé, consulté en août 2026.